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Le petit pont.


 

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           Accoudé à la rambarde de ce minuscule petit pont, je méditais. Je suivais du regard le rapide écoulement de l’eau boueuse gonflée par les pluies abondantes de ces dernières semaines. La rivière bordée d’arbres sinuait entre deux hautes barrières de calcaire à travers la campagne vallonneuse. L’eau descendait bruyamment par-dessus les roches, se calmait au passage d’une profonde cuvette avant de repartir en bouillonnant à l’angle d’une masure enfoncée dans le milieu du courant ; l’eau passait tumultueusement sous le petit pont, continuait en ligne droite pour disparaître dans les pâturages en coudant au loin. Autrefois, il y avait là un petit moulin à farine, desservi par une voie de chemin de fer qui passait de hameaux en coopératives agricoles, de moulins à eau en fermes viticoles. Là-haut, en bordure de crête, l’église Notre-Dame de Mazeau-sur-Lière et son cimetière, entourée par les vieilles bâtisses agraires, surplombait ce charmant bocage de son épais clocher-mur du ⅩⅡe siècle et doté d’une seule et unique cloche qui s’entend de fort loin. Mes nombreuses promenades, qui me ramenaient souvent en ce vallon, me donnaient l’impression d’entrer dans une maquette à l’échelle réduite, dans une reconstitution qui décrivait les traces des activités d’un temps ancien, dans le minutieux diorama façonné par un exalté monomaniaque.

           Une voiture se fit entendre au loin. Elle venait de l’autre versant, et descendait doucement la route serpentine qui traversait l’étendue marécageuse pour rejoindre le village de Mazeau-sur-Lière. L’étroitesse du petit pont ne permettait qu’à peine le passage d’un véhicule, et j’allais me poster sur le côté de la balustrade, les pieds dans l’herbe mouillée du chemin vicinal. Deux péquenots, leurs visages burinés par les vents, me dévisagèrent en passant, comme le font tous les animaux de pâture. Après avoir passé le petit pont, leur véhicule s’arrêta net un peu plus loin. Mon  doigt  d’honneur  fièrement  tendu dans leur direction pouvait éventuellement être tolérable, mais si j’y ajoutais :   « Bande d’enculés ! » d’une voix forte, alors, une fois passé le moment de stupeur, il y aura forcément conciliabule dans l’habitacle. J’observais tranquillement leur carriole couverte de boue. Tout était à l’arrêt alentour, sauf le moteur qui exprimait une petite fumée blanche à l’arrière. Un pape peut-être ? Sous le petit pont, l’eau coulait, turbulente, animée et bouillonnante ; elle chantait les tourments de la vie impétueuse, désordonnée et incohérente. Elle psalmodiait une cadence d’une ardeur nouvelle, un rythme d’une vivacité singulière. Le premier des deux glaiseux qui étendit son bras vers mon visage eut la pomme d’Adam brisée nette du bout de mon coude pendant que j’avançais vers le second plouc aux yeux exorbités, aux mains tendues et ouvertes à l’extrême, les doigts blanchis par la tension nerveuse, et aux cervicales soudainement dévissées par le coup sec que j’imprimais à son crâne, une main tenant fermement son occiput, pendant que de l’autre je poussais brutalement son menton pour un craquement spécifique.

           J’aime lorsque le printemps a encore les habits de l’hiver, car il y a comme une absence de souci, comme une certaine nonchalance. L’arrivée de la verdoyance apporte son manteau de consolation. Autour du vieux moulin, l’air frissonnait au son de l’étrange mélodie chantée par la rivière indolente et les branches dilettantes se balançaient doucement au rythme de cet harmonieux poème bucolique.

Le moteur continuait de ronronner calmement.

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