Lis tes ratures









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fondnoir

LA COLLECTIONNEUSE…



 

C’est le nom de ton tourment… chantait fort justement il y a quelques années déjà, Bill Deraime, notre bluesman national.

          Comment vous raconter toutes ces années d’emprise qu’exerce encore sur moi cette femme ? Elle, la collectionneuse citée plus haut et dont je vais vous raconter l’histoire.

          J’aimerais croire que cette femme fatale m’aima vraiment, qu’elle n’était pas une de ces perverses comme on a bien trop souvent tendance à le croire dès qu’il s’agit de collection. Quand la question porte sur l’émancipation féminine et les libertés sexuelles, alors le mot déviance frappe à la porte des esprits chagrins. Par quels termes désigner cette personne ? Si je devais commencer simplement pour vous présenter cette femme, j’emploierais en premier le mot de richesse… Richesse d’âme, richesse intellectuelle, richesse pécuniaire. Un parfum redoutable. De celui qui laisse sur son passage un sillage gourmand, engageant et séduisant, un appel malin à la soumission, une fragrance captivante. Et c’est ainsi que je devins Le choisi... Elle m’appela de tous ses désirs et de tous ses abandons. J’étais devenu, sans m’en rendre compte au premier abord, son idole ! Une idole majuscule dans la toute magnificence de ce terme : Une I-DO-LE !

          Elle me l’a fait savoir passionnément… Elle m’avait élevé au rang d’un presque dieu qui l’a rendait follement amoureuse, éperdument fanatique de ma personne. Comment ne pas succomber ? S’ensuivit alors des années d’extases et de sensations excitantes, une mécanique frénétique de rapprochements convulsifs, une sexualité débridée faite de hardiesses renversantes, d’effusions et de capitulations où toutes les inhibitions s’étaient levées.

          Devint-elle une prédatrice ? C’est ce que mes amis de moins en moins nombreux par la suite voulurent me laisser croire au tout début. Étais-je épinglé comme un vulgaire papillon dans la boîte de ses fantasmes ? Je n’ai pas pu répondre à cette question pendant longtemps…

          Laissez-moi vous parler de ses fantasmes… Ils s’exprimaient par un érotisme puissant, presque hors-norme qui nous amena à vivre l’invraisemblable, l’improbable et le rocambolesque. Pas vraiment illogique, la situation ressemblait à une mise en scène fantasmagorique, une espèce de jeu de rôle où progressivement, je ne maîtrisais plus aucune des cartes du badinage qui se jouait en cette demeure. Sous le silence complice installé dans une extraordinaire vitrine d’exposition pharaonique qui était devenu la mienne par l’idolâtrie sans faille dont j’étais l’objet, s’était posé en ces lieux un formidable et insolite bouclier protecteur.

          Elle était portée par un amour si incommensurable par devers ma personne, que notre relation amoureuse se transforma assez rapidement en une bacchanale sans limites et sans fin. Elle construisit un musée dionysiaque à mon image, où j’étais devenu bien malgré moi l’unique objet de sa collection. Elle avait décidé de me collectionner… C’était une espèce de paraphilie, une conduite sentimentale fervente, inusitée, et suffisamment étrange pour susciter l’intérêt et la curiosité. J’ai cherché partout dans tous les traités de psychologie, de psychanalyse et de psychiatrie, tout ce qui avait à voir avec les pratiques surprenantes répertoriées de par le monde. Rien ! Nothing ! Oualou. Bernique… Il me fallut alors inventer un nom pour cette expérience nouvelle qui devenait progressivement monstrueuse. Graduellement, jour après jour, je me retrouvais dans ce vaste et gigantesque séjour olympien, qui n’était qu’un interminable laboratoire en perpétuels chantiers d’agrandissements, à partager les lieux avec d’autres hommes qu’elle avait envoyés quérir de par le monde entier, forte de sa richesse excessive et de son idolâtrie morbide. Moi, nous, eux, formions un amalgame homogène d’individus réunis au bénéfice de son appétit insatiable. Cette forme de paraphilie existe, cela s’appelle le mélangisme. Une explosion de libido au sein d’un groupe. Ce qui entraîne aussi, par voie de conséquence ce que l’on pourrait considérer comme une forme d’adultères en chaîne, et consentis dans notre cas précis. Mais là où sa collection n’était en rien banale, c’était par sa technique élaborée de conquête et d’appropriation, par laquelle elle envoyait fureter une large équipe de détectives redoutables sur tous les continents. Sa collection, c’était Moi ! Je vivais en couple avec une femme qui avait décidé de me collectionner, Moi !  J’étais à moi tout seul, une collection de Moi !... Les limiers - fort bien payés - finissaient par trouver et par ramener d’autres Moi ! Plein d’autres Moi… Des quantités extravagantes de Moi !

          Moi, Moi, Moi et re Moi à l’identique… Nous étions tous pareils, que des Moi…! Quel nom donner à cette collection si singulière ? Il existe déjà l’énumérophilie, ou une personne s’amusera à collectionner des listes… Mais bon, ça n’est pas exactement cela, puisque je ne suis pas une parution épisodique et numérotée de moi-même…

          La réplicophilie ? La collection de répliques de moi- même ? Rien que le mot réplique implique la notion de copie. Mais il n’existe pas de copies identiques à Moi… Alors qu'elle avait réussi par trouver et ramener un filon de Moi !

          J’ai donc inventé un mot qui me semble juste, et qui pourrait convenir à cette situation si particulière: La ménechmophilie. Voilà le terme le plus approprié à cette collection monstrueuse… Le mot qui décrit le mieux toute cette ribambelle accumulée de Moi…

          Cela vient de ménechme (substantif masculin. Prononcer menEkme) : Qui est d’une ressemblance frappante, impressionnante. Qui confine à la gémellité  à grande échelle ! Une collection de bessons… De doubles de Moi-même à l’échelle d’un duplicata inépuisable, amplifié par une photocopieuse transcendante, constante et inépuisable dont la touche ENVOI serait bloquée sur infini.

Le mélangisme ménechmophile… Voilà le nom nouveau de cette paraphilie étourdissante dont j’étais le centre exclusif. C’est le nom écrit en lettres de feu au fronton d’un terrible musée construit à mon image.

          Je pensais que m’échapper serait sans conséquence et sans effet. Qu’elle ne s’en apercevrait même pas. C’est vrai ça ! un de plus ou un de moins… qu’est-ce que ça changerait ? C’était mal connaître une authentique collectionneuse qui scrute et couve de son regard maternel et incessant chaque élément de sa collection…

          Un enquêteur dépêché pour l’occasion vint me ramener. Aujourd’hui, à vous qui me lisez, je suis là, et je raconte.  Je raconterai toujours et encore cette histoire étonnante qui était, qui est, et qui sera interminablement la mienne, mon histoire illimitée en temps et en quantité, invariable, inéluctable et perpétuelle.

          Elle va bientôt se lever. Se préparer. S’habiller et revêtir ses habits de collectionneuse. Elle va venir nous saluer, nous contempler en son admirable vitrine, et avec un plaisir non dissimulé, goûter à sa collection. Je suis là, assis au bout d’une immense table dont on n’aperçoit plus l’autre bout depuis plusieurs années maintenant. C’est l’heure du petit-déjeuner. 



                             Je les entends arriver.               Ils entrent…


 

— Bonjour Philippe 1er

— Salut Philippe…

— Comment ça va, Philippe ?…

— Ça va Philippe…

— Bonjour les Philippes…

— Bonjour Philippe 1er … — Salut Philippe… — Hello Philippe… — En forme aujourd’hui Philippe ?… — Pas mal Philippe… — Bonjour Philippe… — Bien dormi, Philippe ?… — Ça va Philippe…

— Bonjour les Philippes…

— Bonjour Philippe…

— Ça va Philippe ?… — Ça va Philippe, et toi… — pas mal Philippe…— Bonjour Philippe…

 —Salut Philippe… — Bonjour Philippe 1er… — hello les Philippes… — Bonjour Philippe…

— Ça gaze Philippe ?… — Pas mal Philippe… — Salut Philippe…

— Bonjour Philippe 1er

— Salut Philippe…

— Bonjour Philippe… — Salut Philippe… — Bonjour Philippe…

 


 

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