Lis tes ratures









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fondnoir

LE TACOT


 

Vous posez les mains immédiatement sur le volant !...


          À deux heures du mat’ avec un flingot sous le nez, il est difficile de résister à ce genre d’injonction. Il y a deux semaines que je suis sorti de taule. Deux semaines que je n’ai pas décuité. À force de zigzaguer dans tous les sens, de me cogner partout et d’avoir la trombine plombée par les clopes et l’alcool, ça fini par se faire remarquer. Je m’étais fait toper par une petite fourgonnette de gendarmerie qui ne payait pourtant pas de mine, sur la deux fois deux-voies, de l’autre côté de la barrière de sécurité. Z’ont fait le tour au rond-point précédent, et sans se presser, m’ont rattrapé au rond-point suivant. On dirait que cet endroit a été conçu spécialement pour l’arrestation. Le dessinateur de voirie avait pensé à tout. Large sortie qui ne mène nulle part avec une petite bande de stationnement - ce que l’on ne trouve jamais quand on veut se garer - où l’on peut faire un beau demi-tour avec un minimum de manœuvre. Voie asphaltée recouverte de terre, de graviers et de cailloux qui autorise les coups de frein à main pour les dérapages quand on est avec une biquette à qui l’on veut donner quelques premières sensations. Absence d’éclairage public, de signalisation, de direction. Fin de visibilité rapide vers un noir total. L’endroit où l’on s’arrête, où personne ne viendra t’emmerder, sauf si c’est un lieu de rendez-vous sexuel. Mais là non. Plaqué contre la carrosserie par deux pandores qui font de l’épate à une pandorette à gros cul, genre maîtrise de l’individu, extraction du véhicule, menottes, palpation et professionnalisme jusqu’au bout de la bite ma poulette, regarde moi si j’y suis, au lit c’est pareil. Placage sur le plume, extraction de ta nudité, menottes en tête de lit, palpation des nibards et bitage saccadé avec vidage du chargeur, tir qu’un coup mais un bon, ma poupoule. Tu verras, c’est que du bonheur.

         Pendant la démonstration de force publique, je remarquais la présence de plusieurs tas de vieux PQ froissés en bordure herbeuse qui signalaient un dépôt généralisé de matières fécales. Un lieu de défécation où tous les chiasseux de la route viennent entasser méthodiquement leurs excréments. Presque à piétiner tous le même endroit en limite d’éclairement de la deux-voies. Pas plus loin, car on ne voit plus rien, pas plus près, car là, on montre son cul… Bref, j’étais dans la merde !


Ça fait quinze jours que vous êtes en cavale monsieur… Vous avez oublié de vous présenter au centre de détention, un petit oubli sans doute ?


          J’étais ce qu’on appelle un longue peine. Le genre de gars qu’on aime bien retrouver quand il fait un petit détour par la voie buissonnière. J’avais prétexté une maladie obscure, et ces cons m’avaient laissé tout seul dans l’hosto, sans surveillance. J’espère que la juge sera de bonne humeur quand je lui servirai cette histoire. En attendant l’entretien, j’étais retourné en case prison. Qu’allait devenir ma voiture ? Ma petite chignole, mon petit tacot d’amour où j’avais passé de longues heures encore plus à l’étroit que dans ma cellule, mais où la liberté s’était déroulée par-dessous la mousse du siège auto, passant du pare-brise avant pour s’écouler lentement dans le lointain de mon petit rétroviseur. Elle restait seule sur le bas-côté de cette voie latérale, de ce chiotte d’étape. Il n’y avait rien dedans à part une vieille couverture chiffonnée sur la banquette arrière. Un grand sac plastique sur le siège passager d’où émergeait le col d’une bouteille de vodka vide, tête posée contre le dossier, elle aussi fatiguée par la picole. Le siège passager est à gauche. Ça fait bizarre quand on vole une caisse en étant complètement bourré, de s’y assoir vite fait pour partir en trombe et qu’on tombe sur le vide sidéral, essayant d’agripper un volant parti aux abonnés absents. Je suis resté comme un con pendant au moins cinq minutes, hagard, essayant de comprendre par quelle déveine j’avais réussi à pénétrer dans une voiture sans volant… Je crois même m’être demandé si je n’étais pas passé après le coup de maître d’un gazier spécialisé dans le vol de directions. La crise de rire libératrice qui me secoua la boyasse pendant que je filais sur la noire petite route de campagne au volant de cette anglaise immatriculée en France, fait aujourd’hui l’objet de ma nostalgie présente. Cette putain de bagnole ! Je m’en souviendrais longtemps…

          En attendant, elle est toujours là cette guinde, au même endroit. Un parallélépipède de tôles vert foncé posé dans une campagne brumeuse. Les rares promeneurs qui fréquentent cette voie agricole pour aller et revenir entre deux villages regardent tous à l’intérieur le foutoir qui règne dans l’habitacle. De loin la première fois, presque sur la pointe des pieds, histoire de ne pas inquiéter le propriétaire forcément dans les parages, puis de plus près ensuite, car visiblement, cette voiture là sent l’abandon pour qui passe par ici.

 

 

Quelqu’un voudrait bien me donner des nouvelles de ma bagnole ?

 

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