Prologue

fondnoir

Prologue

 

 

— Ting-ting-ting-ting-ting… martelait prudemment le dos de mon couteau sur le verre à moitié vide. S’il vous plaît les amis. Ohooh… mes  amis, écoutez-moi…


          J’étais accompagné par l’habituelle compagnie turbulente posée au beau milieu de nulle part et qui, il faut bien le dire, s’en donnait à cœur joie. Ami(e)s, familles, relations, rencontres et ami(e)s d’ami(e)s formaient une communauté bruyante et bavarde réunie gaiement autour d’une immense tablée formant un grand cercle. La musique agréable invitait aux danses, les mangeailles débordaient de partout et les boissons capiteuses coulaient de source. Il me serait impossible de vous exposer ici tout ce beau monde, cela serait par trop fastidieux. Néanmoins, permettez-moi de vous présenter quelques uns de mes proches parents.

           Tout d’abord mon arrière grand-père Alphonse, dit Zig-zig la Gueule cassée, plutôt bel homme, musclé et trapu, de taille normale, la moustache en guidon de vélo, avec un air enfantin qui trompait parfaitement son petit monde. Viceloque sans état d’âme, il aimait par dessus tout aller par les nuits obscures et sans lune taquiner au couteau l’entre côte et la jugulaire. Pas du tout amateur de chirurgie esthétique, il avait pourtant passé bon nombre d’heures chez un « bricoleur de tirelire » pour se faire arranger la terrine. Durant une nuit où tout le monde s’envoyait par-dessus les tranchées des tonnes d’explosifs, et pendant qu’il furetait chez le boche, il s’était fait marmiter le mufle par un petit obus de 155 mm lancé par les copains.

          Et puis il y avait sa fille Rita dite La Tondue (ma grand-mère maternelle), elle avait gentiment refilé sa blénno à quasiment tout l’Hôtel Lutetia où siégeait une bonne partie de l’Abwer (service de renseignement nazi) et quelques autres collabos.

          Et enfin sa fille Bernadette dite La Poison (ma mère) qui, sans doute par oisiveté, avait éliminé ses deux petites sœurs nées après elle. Je n’appris cet étrange épisode de son enfance qu’à mon arrivée ici, car me dit-elle, elle avait voulu définitivement rester la petite dernière.

          Dénoncer les voisins ça n’est pas bien beau mais ça rapporte bonbon. Grâce à l’argent familial acquis durant la dernière guerre, mon oncle Jean-Phi dit Coco-Pilote put mener à bien ses études dans l’aéronavale. Malgré l’opposition de son chef de bord, qu’il ait préféré virer à droite plutôt qu’à gauche suivant le plan de vol et crasher son Boeing 747 sur la charmante ville de Monterey (Mexique) au lieu d’aller gentiment se poser dans le calme et gigantesque désert à l'entour n’enlève rien à son charme ravageur. Philosophe par-dessus tout, il prouve aisément et démonstration à l’appui, qu’en rien le nombre de victimes dans une quelconque situation où le choix humain entre en jeu n’est affaire de morale.

           Riri dit L'Arty Fils, mon petit neveu, un artiste admiré de tous pour sa maturité précoce, mais qui à l’âge de quatorze ans, voulant régler un désaccord scolaire, s’était fait sauter la couenne avec un engin artisanal fabriqué à partir de plans foireux glanés sur le web.

          Et j’allais oublier mes deux grandes sœurs, dont Valérie dite La Rouge, acoquinées avec des braqueurs de banques pour finir kidnappeuse de personnalités politiques et trouées comme une passoire par les pistolets mitrailleurs MAT-49 de la Maison Poulaga, et Isabelle dite L’Aconitine, empoisonneuse efficace de vieillards lubriques épousés en noces véloces et qui salua chaleureusement non sans une certaine fierté toutes les personnes croisées sur le chemin de l’échafaud...


La  « bascule », dite aussi le rasoir à soigner.




Et puis, il y a moi…

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