Epilogue

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Épilogue


 

—  Tig-tig-tig-tig-tig… martelait doucement le crayon sur le verre en plastique à moitié vide. S’il vous plaît les amis. Ohooh… mes  amis, écoutez-moi…


          L'UMD de Cadillac en Gironde... L’Unité pour Malades Difficiles est un service hospitalier psychiatrique qui prend en charge les malades mentaux de grande dangerosité nécessitant un protocole thérapeutique intensif et des mesures de sécurités dignes d’une prison. Après les quelques mois d’attente indispensables en France à l’obtention d’une autorisation de tournage, une journaliste accréditée venue réaliser un repérage pour un documentaire se promène dans les couloirs solidement accompagnée par un infirmier spécialisé, que ça n’amuse pas particulièrement bien que ce genre de combine permette de mieux faire connaître son métier. Le gazier est dans l’obligation de faire doublement attention,  à lui et à la journaliste dont il a également la responsabilité. Il commence les présentations :


—  Comme vous pouvez vous en apercevoir, il y a ici un peu de tous les troubles psychiatriques… Des hommes et des femmes. Et pour faire simple — vous ne mentionnerez pas cela s’il vous plaît — cela va du pervers au psychopathe.


—    Et pourquoi je ne dois pas mentionner cela ?


—    Parce que ce ne sont pas des propos de professionnels. C’est seulement entre vous et moi…


—    Ils sont tous très dangereux ?


—    Pas tous, mais il y en a quelques uns dont il faut se méfier et ne jamais leur tourner le dos. Les traitements les calment beaucoup, mais on n’est jamais à l’abri d’une crise de colère qui peut dégénérer. Le type que vous voyez là au fond en face de nous…


—    De dos près du guichet ?


—    Oui… hier il était dans une telle rage qu’on a été obligés d’être à huit dessus pour le contenir le temps de lui administrer un calmant.


—    Huit ?


—    Oui… Ils développent une telle force dans ces moments là que l’on en est à chaque fois surpris.


—    Et comment font les infirmières quand elles sont prises à parties ?


—   D’abord, vous remarquerez qu’elles ne sont jamais seules… Ensuite, tout le monde suit régulièrement des stages de défense pour se défaire des saisies, contenir quelqu’un en se protégeant, le maintenir au sol. C’est important pour que le personnel puisse garder un minimum de sang-froid.


—    Vous aller sans doute trouver ma question déplacée, mais le sang-froid, ce n’est pas ce qui caractérise aussi un tueur un peu spécial ?


—   … Le sang-froid est en fait une distanciation mentale, pour ne pas se laisser envahir par la peur que la situation pourrait occasionner. Alors qu’un Tic-et-Pat    Psychotique ET psychopathe, le genre de personne qu’il ne vaut mieux pas croiser — est en dehors de tout sentiment normal, il est d’une froideur presque mécanique qui font que ses actes sont considérés par lui sans aucune émotion ni aucune morale… Rien à voir donc.


—    Et lui là ? (Elle désignait discrètement un type qui frappait avec un crayon sur un gobelet et qui semblait faire un discours à des personnes dans le reflet d’un miroir en plastique.


—    Lui ? C’est Maurice dit Momo… Ne vous fiez pas à son air enfantin, il a assassiné toute sa famille en une après-midi. Grands-parents. Parents, frère et sœurs, enfants, petits neveux. Tout le monde y est passé lors d’un repas de famille. Il a posé une bombe au milieu du salon…


—    Comment est-ce que l’on peut vivre avec ça ?


—    En venant ici madame ! C’est trop insupportable pour eux, et c’est pour cela qu’ils sont ici.


—    Oui mais… ils doivent bien savoir ?...


—    Non madame… Leur cerveau fait tout pour éviter d’y penser.


—    Il y a bien un jour où à force de traitements, leurs souvenirs vont leur revenir ? Et puis, ils sont bien passés en jugement, ils ont bien entendu prononcer l’accusation ?


—    Non madame… Ils ne savent plus rien de ce qu’ils ont fait, et c’est beaucoup mieux ainsi… Vous imaginez vous ? apprendre que vous avez sauvagement assassiné toute votre famille ? C’est à devenir réellement fou pour le coup…


—    Ils ne le sauront jamais ?...


—    Non ! et c’est mieux ainsi, croyez-moi. Ils sont là pour apprendre désormais à vivre avec leur trouble mental. Il n’y a que les psychopathes qui assument complètement ce qu’ils ont fait. Et d’ailleurs ils vous le disent : Aucun regret ! Ils sont prêt à recommencer, demain s’il le faut…


          Momo faisait son discours à voix haute, le verre levé. Il saluait tous les membres de sa famille réunie dans le miroir. Alphonse le grand-père qui s’était illustré dans les tranchées et Rita sa femme. Bernadette sa douce maman. Et puis ses sœurs… Son oncle. Son neveu. Ils étaient tous là apparemment. Momo interrompit son sermon au passage de l’infirmier et de la journaliste. Momo salua l’infirmier. Puis il fixa la journaliste. Longuement. Les yeux dans les yeux. Elle a le regard clair, d’un gris un peu bleuté, et un maquillage léger. Il lui dit :


—   Momo m’avait prévenu que vous viendriez… Que vous veniez ici pour faire un film… Ça fait longtemps qu’on vous attend… Parce qu’on a des choses à vous dire, Momo et moi… Plein de choses… Et une petite surprise aussi, pour vous …




 

Momo est heureux.

Un vent de liberté souffle dans ses cheveux,

comme un doux murmure à ses oreilles…

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FIN


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