Chapitre Six

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Chapitre Six


 

 — Bouge ton cul ! Ne te laisse pas abattre ! Relève-toi ! ! !


          Paroles de Momo… Ce sacré Momo ! Il était souvent à l’intérieur de moi et ça m’aidait beaucoup. Grâce à lui je me relèverai toujours plus fort. Momo appelle ça la technique du culbuto. Ce petit personnage à base sphérique que tu pousses sept fois et se relève huit. Il a parfaitement raison : Tout est dans la tête (mais comme le culbuto, il faut aussi avoir un peu de cul).

          20 heures 11. J’étais de nouveau les yeux dans les yeux de la Pix. Un poil de retard par rapport au plan d’attaque. Mais là j’avais pensé à tout. Papier pense-bête glissé dans le bracelet de ma montre (pas besoin de fouiller dans mes poches). Dans la main droite, le Glock 9 mm bien appuyé sur la tempe d’Anne-Sophie qui me regardait de côté. Le déclencheur dans la main gauche, le pouce fermement appuyé sur le mécanisme d’aller sans retour. Je lâche le doigt et tout pète en l'air ! À la taille, une ceinture garnie de sacoches pleines d’explosifs fabrication maison. Logique imparable d’où découlait l’équation la plus simple du monde : Fermez vos gueules et discussion inutile… Les zobs d’action, manurhins en pognes étaient parfaitement planqués dans le décor, mais beaucoup plus loin cette fois-ci ! C’est fou comme il faut peu de choses pour être bien compris ! Du coup la gamberge, ils m’avaient envoyé en première ligne un négociateur pour que je leur explique mieux la situation. Ils avaient besoin de réfléchir, les gaziers… Sur l’écran géant du direct en fond de plateau, ma trombine s’affichait en 4 par 3 pour un gros plan avantageux, pores dilatés et scintillement de la sueur à fleur de peau. Le négociateur, du loin de ses quinze mètres, debout à côté d’un noir commando accroupi derrière un large bouclier transparent, avec trois de ses potos en ligne derrière lui, revolvers à lunettes directement dirigés sur ma fiole de jeune premier en rôle principal, faisait de moi le maître des dialogues. Séance tenante, la situation devenait d’une simplicité enfantine : On m’écoutait, on entendait ce que j’avais à dire, et je repartais tranquillement, sinon tout pétait. Nettoyage par le vide… Anne-Sophie avait parfaitement compris la situation. Je le sentais.


— Vous voulez quoi ? Qu’est-ce qui vous amène ici ?... me demanda calmement le beau-parleur.


— J’ai un texte à lire…


— J’aimerais que nous en discutions avant… Juste pour voir…


— Qu’est-ce qu’il y a ?... Vous voulez corriger les fautes d’orthographes ?


— Ouiii ! C’est très bon ça ! J’apprécie aussi l’humour… C’est bon signe. Mais effectivement, il va falloir me passer votre texte afin que je comprenne mieux votre démarche…


          Je faisais oui de la tête, mais je n’en pensais pas un mot. Rien ne m’empêchait de le lire à haute voix à tout moment. J’attendais juste que le caméraman qui allait bientôt tourner de l’œil  fracasse sa grosse caméra à roulettes au sol incessamment sous peu histoire de pouvoir faire ma causerie tranquillou. D'abord y s'casse la gueule, et ensuite on cause ! En attendant, les tuniques noires étaient en train d’installer sans aucune gêne une espèce de viseur au fond du plateau derrière un bouclier, sans rien me demander. L’impolitesse totale ! Les mecs qui se croient chez eux !


— C’est quoi ce truc là-bas ? que j’demande.


— Quel truc monsieur ?


— Vous foutez pas de moi ! Ce machin sur le trépied, là… que je m’énerve en agitant mon Glock dans la direction.


— Oh ça ? C’est rien ! juste une caméra…


— Vous m’prenez pour un con ? Vous trouvez qui y’en a pas assez de caméras ici ?


— On fait toujours ça monsieur… Ce sont nos films personnels, c’est pour nos archives…


— … Faites pas les cons hein ! ! ! J’vous ai à l’œil moi ! en leur montrant bien haut le déclencheur dans ma gauche.


          Le craquement énorme qui devait arriver retentit sur le plateau et tout le monde ou presque sursauta. Anne-Sophie aussi, comme la dernière fois où son petit tressautement m’avait malencontreusement emporté la détente du pistolet. L’écran géant s’éteignit subitement offrant une pénombre bienvenue. Un message adressé aux téléspectateurs s’y affichait en lettres blanches énormes :


NOUS VOUS PRIONS DE BIEN VOULOIR

NOUS EXCUSER DE CETTE INTERRUPTION

MOMENTANÉE DE L’IMAGE.


Momentanée ?


            J’aurais dû être plus méfiant car c’est précisément à ce moment que je me suis fait farcir d’au moins une tonne de ferraille… Je ne peux pas vraiment dire que cela fasse mal, mais ça abime un peu tout de même… Pendant que je m’enfonçais et me noyais dans mes effusions sanguines, les balèzes tout de noir endeuillés s’étaient rassemblés autour de mon corps déchiqueté. Ils rangeaient tranquillement leurs flingots dans leurs étuis de cuissots. Leur combine avait été simple comme bonjour : Une caméra à rayons X avait analysé le contenu de mes sacoches pleines de papiers froissés-bourrés et l’ordre d’exécution était tombé immédiatement : Tir à volonté.

 

La morale de cette enculerie ?



 

La prochaine fois ce sera gilet pare-balles et explosifs véritables.

On progressait méchamment (Momo, me revoilà !).

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