Chapitre Sept

fondnoir

Chapitre Sept


 

          Une bonne préparation ! Une bonne organisation ! C’est par cela qu’un rude combat peut-être mené à son terme…

(Si ça n’est pas de Sun-Tse dans son opuscule « De l’Art de la Guerre », alors c’est de Momo.)

          Un bon soldat met en équation le feu, le sang, la guerre. Avec Momo, nous avions mis au point un plan infernal qui signerait définitivement notre montée en puissance version haut de gamme ! Nous allions entrer dans les annales de la maison Bourreman (ça aussi c’est de Momo). Attention hein ! Va pas falloir se tromper sur le sens du mot annales… Et pas nous confondre avec ces trous du cul d’argousins, parce que sinon y’aurait maldonne ! eux c’est du genre cafard Chibroc et compagnie ! Pas pareil… Bref, fini les conneries en direct. On avait aussi décidé de lâcher Anne-Sophie qui ne méritait pas tant d’antipathie. La rancune c’est pas mon truc. Lui faire péter la cafetière sans le faire exprès ça avait été amusant faut le reconnaître. Disons que ça avait été comme lui offrir une bonne petite surprise, mais on n’allait pas faire que ça. Comme je vous l’ai dit, on prévoyait de monter tout en haut du registre de la terreur. On allait, mes potes et moi se choper directement le grand ponte de la télévision française et lui montrer que y’a pas de raison que ça soit tout le temps les femmes qui morflent, et qu’il aurait lui aussi droit à sa part du gâteau. Putain oui alors ! faut qu’il la bouffe sa merde… J’ai entendu un jour un gratte-papier qui expliquait que les pays dirigés par une femme avaient connu cinq à sept fois moins de morts durant la première pandémie. T’imagine ! Tous ces mecs bien droits dans leurs costards, pédants cultivés et sûr d’eux, qui t’annoncent que tout est sous contrôle et qu’ils s’occupent de tout, tout va bien ! Ils t’annoncent sans rire chaque soir au journal le décompte macabre en te disant que c’est sous contrôle ! Et qui c’est qui se tape tout le boulot ? Qui c’est qui est en première ligne et qui s’occupe de la santé et de la bouffe de tout le monde bienveillance en bandoulière ? Ce sont les femmes, les hospitalières… Et qui ne sait pas qu’il vient d’autographier sa belle photo de connard en s’auto désignant « Incapable de l’année »? C’est l'autre vieux guignolot… Alors on va lui tomber sur le râble à l’autre singe et on va lui secouer la membrane tellement fort qu’il va se dire qu’il serait bon de mourir un petit peu. Pas de pitié pour les salisseurs d’espace public et les pollueurs d’atmosphères.

          Le déclencheur de ma ceinture d’explosifs dans la main gauche, le pouce bien appuyé dessus, le Glock 9 mm Parabellum fermement appuyé sur le front du président du groupe TV France avec sa femme et ses enfants en séance de tremblements dans leurs excreta. Le mec assis comme un crapaud sous sa ligne de flottaison suait le saindoux. Le gras de la magnificence, de l’apparat et du gaspillage. À voir son intérieur, ce zigomar ne connaissait de la vie que les étoiles dorées alignées au bout du mot Hôtellerie. Seulement pas de chance aujourd’hui, l’eau lui montait dangereusement sous le menton pendant qu’il s’enfonçait dans le boueux. Il allait regretter ses pâturages grassouillets. Momo avait le rictus sauvage et je tenais à peine mes vieux potos qui m’accompagnaient perpétuellement partout même la nuit dans mes rêves. Ça allait charcler !

          Le négociateur n’y comprenait plus rien. Il essayait de mettre de l’ordre dans notre discussion, mais visiblement, il avait souvent besoin de s’entretenir avec ses jocrisses pour se faire traduire.

          On avait tout planifié ! La partie s’annonçait serrée pour les poulagas car nous étions maintenant gens d’expérience. On avait étudié tous les déplacements du grand jobard, de godiche la potiche et de leurs deux nigauds. On les avait cueillis comme des fleurs de nave dans leur bel écrin doré. Lui, je le chopais enfermé dans les cagoinsses, P.Q à la main en train de se tirer sur l’élastique. Elle, pendant ce temps là faisait flanelle, lascivement allongées sur leur plumail, portable à la main, textos libidineux à son amante. Les deux chiards dans leurs chambrées de palace, courbés comme deux guimauves sur leurs ribambelles d’écrans illuminés. Le gamin, évidemment en pleins film porno à trois bites dans le même orifice, et la gamine, échangeant ses photos à poils épilés sur des sites de jeunes filles en fleurs pour carnassiers.

          Je surveillais consciencieusement les alentours histoire de ne pas se faire doubler, lorsque je croisais le regard halluciné de Momo dans le grand miroir au bout du couloir. Je ne l’avais jamais vu comme ça ! D’un geste de la main tendue, pouce et index formant un rond parfait, les autres doigts levés en éventail, il me demandait par signe comme un plongeur dans le beau monde du silence si j’étais OK. On allait leur en faire voir de toutes les couleurs… Je lui fis le plus beau clin d’œil avec mon plus beau sourire et le poing tendu vers son reflet, je relevais bien droit mon pouce pour lui confirmer mon bonheur d’être ici avec lui dans cette magnifique aventure. Le petit déclic caractéristique du déclencheur mit brutalement et définitivement fin à notre belle  félicité.

          Un large entonnoir d’environ 50 mètres de diamètre sur 5 de profondeur avait férocement changé le paysage à l'entour. L’eau jaillissante des canalisations éventrées mélangeait le sang à la terre, les chairs aux gravats.

          Même si nous étions tous un peu sonnés par le souffle puissant de l’explosion, on pouvait dire que nous avions quand même bien mené notre expédition punitive, et que nous en étions sortis par la grande porte.


 

Pour les autres je ne sais pas, mais moi, c’est par là que j’étais sorti.




 

Volatilisé !

fondnoir

Page

Réalisation cyber-expert.com