Chapitre Quatre

fondnoir

Chapitre Quatre

 

 

 

            Les vacances au soleil permettent de se ressourcer. Je n’avais pas choisi d’atterrir en Maison Centrale où qu’il faut de la monnaie pour tout les p’tits à-côtés. Alors partager la salle télé avec toute cette graine de Cayenne, c’était un véritable supplice. On n’y entendait que pouic. Les mecs vociféraient en continu leur détestation de la société et de tous ses représentants officiels ou pas. Que les médias osent qualifier de héros, de soldats valeureux, de premières lignes courageuses des travailleurs obligés de se bousiller la santé au taf tout en ayant un statut d’esclaves pour gagner une misère était pour eux le comble de l’irrespect total. Ça les mettait en rage ! J’vous raconte pas le sort cauchemardesque qu’ils réservaient à toutes leurs bêtes noires. Ils avaient tout le temps pour eux d’être créatifs questions imaginations torturantes. C’étaient tous des virtuoses dans le carnage de zombies sur console Nintendo. Les jeux de sauver le monde en massacrant le plus possible avaient une forte côte en hausse à la Grande Centrouse. D’ailleurs moi aussi j’en étais. J’y ai vite pris goût croyez-moi. Deux années de formation ! Momo et son expertise du feu de dieu m’avaient propulsé dans les sphères du combat épique en environnement hostile. Je maîtrisais le tir à vue, le maniement de l’explosif et les stratégies de défense et d’attaque. Momo le roi du braquage purgeait une peine incompressible suite à quelques petites distorsions psychotiques qui ne laissaient pas de place à la discussion. Momo était entré. Momo avait tiré dans le tas sans distinction et Momo était reparti les poches pleines de talbins tout frais. Tout le monde respectait Momo à la Maison Centrale de Clairvaux. Ceux qui pouvaient émettre quelques doutes à son sujet le faisaient en aparté. Des mauvaises langues de vipères. Comme quoi une fois ça ne vaut pas ! Une fois peut-être, mais une bonne fois bien sanglante ! Le sang d’homme, c’est comme l’expérience, ça colle à la peau pour toujours. Bref. L’avantage de Fortnite battle royale (en version bêta. Il paraît que ça signifie quelque chose) c’est qu’on est vraiment dans le bain du tir à vue, de la connaissance des armes, et qu’on voit grimper son niveau de progression. Et moi je progressais méchamment !

         J’étais grillé chez CNEWS. L’info en continu soûlait tout le monde mais permettait de laisser tourner la télé partout où un écran pouvait gober l’attention du quidam. Dans notre plan de prévision d’attaque, Momo et moi on s’était dit que le journal de 20 heures serait l’endroit idéal pour marquer les cons sciences et les cons politiques qui nous farcissaient le melon en permanence à nous faire applaudir aux fenêtres et nous offrir des médailles. On allait leur apporter notre médaille à nous en plomb fondu frappée à l’effigie des gueux. Ah ! ils veulent nous parler comme à des gamins !  Et ben les gamins allaient leur montrer leurs trognes les dents en avant !

          Paris XVe arrondissement. Je planquais depuis six plombes dans le faux plafond des chiottes des studios de France Télévisions où j’étais entré comme coursier et d’où je sortirai avec la tête d’Anne-Sophie Lapix sous le bras. Le principe était simple et chiadé : Le pistolet Glock est en résine polymère indétectable sous le portique de détection. Facile à passer dans le petit carton de livraison au nom d’un plumitif parti faire le Tintin au Congo quelque part dans le monde. La culasse et le canon métalliques planqués dans les tiges de mes grosses bottes de moto-cross, les 2 chargeurs répartis dans chaque semelle. Comme je sonnais de partout avec mes clés, mes trois décapsuleurs, ma ceinture à clous, mon blouson à rivets et mes chaînes de ceinture, le gazier de l’entrée a fini par me laisser passer au bout d’un quart d’heure excédé par mes plaintes répétés. C’est vrai quoi, j’allais pas y aller en chaussettes !


— J’suis payé à la course ! Pas au mois ! J’ai pas que ça à faire… Faut que je dépose en main propre mon paquet (Et il me faut la signature et l’tampon sinon on croira que je l’ai volé) et que je file d’ici, j’ai encore du boulot à livrer avant 13 heures à la Plaine St Denis, c’est pas à côté ! (et pis tout).


          Bref, tout le boniment du coursier prise de tête ! Ça marche à tous les coups. Les mecs de la sécu sont envahis à longueur de journée par des coursiers tous plus chiants les uns que les autres ! Aux services secrets, ils entrent n’importe où, suffit de se déguiser en coursier… Tu verras la surprise. Surtout à midi, à l’heure de la bouffe. Y’a personne nulle part. Et les vestons et les manteaux qui traînent partout. Les ordis en attente. La totale !

          Maintenant que j’étais peinard dans l’ombre à la brune, assis dans le fauteuil de miss Lapix, les jambes bien détendues sur son bureau de cheffe à siroter mon coca et bouloter mes sandwiches-club sous vide, j’avais toute la nuit et la journée de demain pour lui dégeler le meilleur menu de toutes mes petites tendresses.




On progressait méchamment…

fondnoir

Page

Réalisation cyber-expert.com