Chapitre Deux

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Chapitre Deux


 

            De larges et vastes paysages de moisissures géantes dessinaient d’immenses cartes sur les murs de ma nouvelle cellule.


— Ça y est connard, t’es déjà revenu ? me lança amicalement Momo mon ancien camarade de chambrée.


— Ouais ! me r’vlà…


          Nous allions, comme au début, à nouveau meubler les bruits et les cris qui résonnaient sans fin dans l’espace pénitentiaire avec nos dernières et réciproques nouvelles. Il me racontera les derniers arrivants et les anciens partants, les pitoyables combines et les mauvaises bastons en cours. Les réponses des administrations qui se font toujours attendre plusieurs mois durant. Et il me questionnera pour combler les inévitables lacunes d’usage que l’on se pose quand arrive le tout frais villégiatouriste


— Mais t’es azimuté à un point que j’imaginais même pas ! ma parole… Et tu t’es fait gauler aussi bêtement que la première fois !...


— Comment tu l’sais ?


— Tout le monde t’as vu cavaler comme un pauv’ naze au journal de 20 heures. Quand je t’ai vu décaniller dans les couloirs, là-bas, comme un dératé, en train de te faire courser avec la milice aux trousses…         J’me suis dit…           

Mais qu’est-ce que tu foutais bon sang ?


— J’sais pas…


— Tu sais pas ? Ben j’peux t’dire que j’me suis bien marré en m’disant qu’on allait sûrement se revoir. Et je n’me suis pas trompé. Mais en tout cas ça m’fait quand même plaisir que tu sois là…


— Merci…


          Je le remerciais mais je n’en menais pas large. Momo était du genre bipolaire. Valait mieux ne pas tomber dans son collimateur. Ma chance, c’est qu’il m’avait à la bonne. Ça sert à quoi d’être si instruit pour au final être aussi con ? m’avait-il dit au tout début avec son franc sourire en signe d’amitié. Le lavabo crasseux n’avait pas bougé. Il était envahi par la même épaisseur de calcaire, et peut-être plus encore. Son robinet foireux lançait toujours avec autant de violence ses saccades vrille-nerfs qui mettaient régulièrement en rage tout ce côté-ci du bâtiment. Les latrines à la turque, sans chasse d’eau et bordées par le ridicule demi muret offraient leur éternelle scène d’impudeur. Rien n’avait changé !


— Tu n’as pas changé ! me lança Momo du haut de sa couche, les jambes ballantes dans ce vide en réduction. Des jambes longues et musclées dans un jogging moulant à rayures. Des baskets aussi neuves que s’il venait de les acheter. Un débardeur en tricot blanc version marcel, mais avec sa musculature fine et puissante gonflée quotidiennement à la salle de muscu, c’était plutôt débardeur blanc version Bruce Lee, ou version Marvel, au choix.

            Les vigiles m’avaient scraffés la première fois alors qu’un voyant muet leur avait signalé mon port d’arme. Un flingue de poche m’atterrit sur le nez pendant qu’un mastard à oreillette arrivé dans mon dos m’attrapa fermement au biceps en me posant le plus délicatement possible sa grosse pogne d’au moins cent cinquante kilos sur l’épaule. J’aurais bien eu envie de tenter une rebuffade, mais je m’étais trop rapidement laissé impressionner par les carrures et les regards d’acier des quatre lascars venus gentiment m’entourer.

          Je m’étais juré d’y revenir en force. J’avais eu le temps d’en discuter de nombreuses fois avec Momo qui, vous pouvez me croire, m’avait donné tous les bons tuyaux pour réussir une entrée fracassante.




            Ça ! pour être fracassante, la deuxième tentative avait été rudement


FRACASSANTE!...

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